Un jour d'été ordinaire

Prix de la nouvelle Morterolaise - juillet 2014

Somnolente, Paulette ferma les yeux un instant. Elle rêva à André, exilé sur cette terre lointaine. A travers ses lettres, il contait ses exploits, ses longues heures passées à monter la garde à l'entrée de l'aérodrome. Comment il avait appris à reconnaître l'approche d'une tarentule, sitôt le soir tombé. Son ombre avançait sur la piste, menaçante. Puis, elle traversait entre la crosse du fusil et ses godillots de cuir usagé. Après, commençaient le remue-ménage des troupes, la préparation des avions. Lui, le mécanicien, restait au sol. Il rêvait de carlingues éclairées, de vols de nuit, de reconnaissances en terre ennemie, de combats incertains. Il attendait le retour de ses camarades. Ou pleurait sans bruit ceux qui ne rentraient pas. S'accrochant, chaque jour, au fol espoir que le conflit prendrait bientôt fin. Pour serrer enfin dans ses bras, sa femme et sa fille chéries.

nouvelle tirée de faits historiques vécus par mes parents lors de la deuxième guerre mondiale

Une rencontre improbable

Les rues défilent, les maisons à terrasses se collent un instant sur ma rétine, les mosquées se succèdent, un kaléidoscope de sensations m'emporte. J'ai l'impression d'être devenue un derviche tourneur ; ma vie se résume à un ballet incessant au milieu d'une marée humaine bariolée. Enfin, la voiture crachote en montant une pente presque inacessible. Tout en bas, le détroit du Bosphore enchâssé entre les rives dorées a l'éclat du saphir. J'ai l'impression de planer, d'évoluer sur les ailes d'un oiseau invisible. "Ma pauvre, tu es fatiguée... à un point !" Ou alors est-ce dû aux émanations de la cigarette que fume le chauffeur de taxi ? Je règle ma course et descends de la voiture, au bord du malaise.

Là, je remarque en premier le silence. Une sensation de calme après la tempête. Une sérénité chaleureuse m'enveloppe. Mes pas me guident immédiatement vers les tombes ancestrales. "Eyup".

Le p'tit Malouin

Et le lendemain, le sempiternel rideau de pluie masque de nouveau l'horizon. Le vent est nul. On ne distingue plsu rien. Tout est trop calme. L'excitation de l'équipage est retombée. Tous traînent des yeux creusés, des visages faméliques, des silhouettes usées. Ils sont toujours bredouilles. Néanmoins, le capitaine donne l'ordre de poster un homme sur le beaupré, harpon à la main. Il est midi et la mer est désespérément stérile... La vigie scrute les premières vagues à s'en brûler la vue. Ses mains rougies par l'avir vif et la crispation s'accrochent maladroitement à la flèche. Il respire par à-coups.