89 ANS ET PRESQUE TOUTES SES DENTS

CHAPITRE 12

Le professeur Madoumier, légiste au CHU, fait la moue. Il inspecte le coprs usé de Madeleine Roux. Pas si usé que ça... Les muscles des membres inférieurs sont encore bien visibles. Les bras sont toniques, les mains soignées, les cheveux coupés de frais. Il remplit mécaniquement la fiche d'identification :

"ROUX Madeleine - 25 octobre 1937/14 avril 2016 - 1,60 m, 65 kgs - Aucune pathologie connue - Entretien bucco-dentaire assez dégradé - Cause probable de la mort, asphyxie."

Avant de saisir un scalpel, il se penche vers son visage. Tentant de percer le dernier regard de la vieille femme. Ou un reflet... Et le mystère demeure. Comment mourir asphyxiée dans une chambre ? Seule. Au début du printemps. Avec comme maigre indice, un oreiller retrouvé au bas du lit.

 

L'INCONNUE DE BEYCHEVELLE

Prix du policier de la Briance 2014

Une lune gibbeuse joue à cache-cache avec les roseaux. Un tanker aux flancs lourds traîne sa carcasse éclairée en plein milieu du fleuve. Il fait frais, un vent pernicieux fouette la surface de l'eau. Et dans ce silence pesant, retentit un hurlement. Comme un hoquet qui se serait tu d'un coup. D'un seul coup. Puis, plus rien. Seul, le souffle lointain du bateau qui reprend sa respiration. Il peine à remonter le courant vers Bordeaux.

Enfin, un "floc" surgit des berges plongées dans une obscurité tenace. La lumière blafarde de la lune s'est retirée derrière un brouillard naissant. Devant moi, la silhouette décharnée d'un vieux ponton de pêche semble suspendue au-dessus des eaux. L'ombre du filet s'effiloche sur une marée de vase compacte. Une odeur fétide agace mes narines. Qu'il est étrange de se trouver au bon endroit, au bon moment ! Je regarde mes mains poisseuses et les éponge rageusement dans l'herbe mouillée. Je ne réalise pas encore. Dans la nuit si noire, deux couleurs distinctes se mêlent : le vert cru des roseaux, le rouge vif du sang ...

LA FACE CACHEE DE LA DUNE

"Je tentais de résister à l'attraction du sable. Essayant de mettre de la distance avec mon poursuivant. Je ne le voyais pas. Le reflet platine de la lune jouait avec les aspérités de la dune. Chaque caillou allongeait son ombre démesurément menaçante sur la crête. Je pouvais entendre la respiration haletante de l'autre. Mon chasseur invisible. Mon chasseur infatigable. Ma course ressemblait davantage à des enjambées désespérées pour sortir du sol froid et humide. Au pied de l'erg blafard, quelques étoiles égarées ? Non, le halo des lumières, à l'orée de la pinède. Les premières maisons. J'allais donc être sauvé ? Au-dessus du bassin silencieux, des nuages lourds et puissants continuaient leur chemin aléatoire. Ils croisèrent la route de la lune pour la dérober à mes yeux. J'avais la désagréable impression de faire du surplace. Le souffle de l'autre siffla près de mon oreille. La nuit. Le noir absolu. Même son ombre ne se révélait pas. J'allais faire volte-face quand je sentis un objet plat me frapper la base du crâne. Au moment où je tombais, face contre terre, il ricana. Et l'écho de son rire sardonique se répercuta au-dessus de la dune. La dernière image que je pus voir fut ce mince filet de sang qui creusait un sillon dans le sable. Au bas de la pente, il avait l'ampleur de la marée. Mon sang. Après, le néant."

  • Lamarque

    Par un matin de brume, sur le fleuve ...

  • Saint-Estèphe

    Un parc virtuel (celui des Marquezat) mais pourtant bien réel !

  • Dune du Pyla

    Cette dune recèle bien une face cachée pour qui saura la découvrir ...